Select Page

Le pourquoi du comment

Le pourquoi du comment

La campagne Ulule bat son plein et nous sommes super fières de voir tout cet engouement autour de notre projet, tous vos soutiens et vos commentaires. Fières aussi de constater qu’il y a bien une réelle demande, et une petite prise de conscience autour de la filière textile. C’est de ça, dont j’aimerais vous parler plus longuement aujourd’hui. Le « pourquoi » du comment.

Quand nous avons débuté Happy Worskhop avec Sophie, il nous semblait évident de proposer du tissu bio. Simplement pour moi, bio rimait avec « plus en accord avec mes valeurs ». Un petit label bio, moitié pour faire un geste pour l’environnement, moitié parce que c’est aussi plus vendeur et tendance.
Et nous avons commencé à chercher. A lire des articles, à rencontrer des gens, trouver plus de renseignements, commander des échantillons, regarder des émissions. Au bout de quelques semaines, nous avions une vision plus précise, plus globale et aussi beaucoup plus angoissante, de ce qu’est le marché du textile. Entre le Cash investigation sur le coton, et les articles de presse, voici un petit récapitulatif des fruits de nos recherches :

« Même si des efforts sont faits depuis quelques années, l’industrie textile est la deuxième source de pollution au monde. »
Déjà rien que ça, ça nous a fait réfléchir.

Je vous passe les paragraphes sur les textiles synthétiques (microfibres, polyester, polycoton, polaire, élasthanne (je continue ?)…)  obtenus donc par synthèse de composés chimiques issus notamment des hydrocarbures. Nous sommes convaincues qu’il faut arrêter avec le pétrole. Ma fille tient à voir des ours polaires au Pôle Nord même quand elle sera plus grande et c’est plutôt mal parti depuis qu’ils commencent à forer jusque là-haut. Ce n’est pas tout, car l’entretien des tissus synthétiques en machine rejettent des microparticules de plastiques dans l’océan – et dans notre eau, environs 500 000 tonnes chaque année.

Une fibre naturelle, voilà ce qu’on cherchait.

Et la fibre naturelle la plus utilisée, c’est le coton.

La culture du coton, qui réclame des quantités monstrueuses d’eau et de pesticides, provoque des désastres écologiques et humains.

A cheval entre le Kazakhstan et l’Ouzbekistan, la mer d’Aral en est une preuve terrifiante. Depuis 1960, elle a perdu 75% de sa superficie en grande partie à cause de la culture du coton. L’URSS avait décidé à l’époque de détourner les deux fleuves qui l’alimentent pour irriguer les champs. Aujourd’hui, elle renait de ses cendres, car un barrage a été mis en place. Elle est pour moi un vrai marqueur de l’impact de nos choix humains sur l’environnement.

Ensuite, les pesticides et insecticides, les cultivateurs qui en pulvérisent sans aucune protection, les augmentations de cancers, les présence de ces pesticides dans les produits finaux, ce n’est pas une surprise malheureusement, même combat que pour l’agro-alimentaire.

Une autre question se pose également, celle des OGM (coucou Monsanto!). Car le coton fait partie des 4 cultures OGM actuellement commercialisées dans le monde, avec le soja, le maïs et le colza. 70% du coton dans le monde serait génétiquement modifié. Certaines marques comme H&M ont été épinglés  car 30% du coton utilisé dans sa collection « bio » était transgénique. Outre le fait qu’il soit génétiquement modifié, son rendement est parfois inférieur au coton conventionnel, et des centaines de paysans en Inde ont ainsi fait faillite à cause des OGM. Bonne nouvelle quand même, certains pays comme le Burkina Faso ont stoppé la production de coton génétiquement modifié pour se consacrer à la culture du coton bio.  En Afrique de l’Ouest, le mouvement est en marche.

Certains pays n’hésitent pas à faire appel à des travailleurs forcés pour les récoltes.

Ça, on l’a appris notamment grâce au Cash Investigation. En Ouzbékistan, le gouvernement n’hésite pas à forcer la population, pendant la période de récolte, à aller travailler dans les champs de coton. Chantage, menaces, tous les moyens sont bons. Certaines filatures s’apparentent plus à des prisons, les travailleuses étant cloitrées à l’intérieur des entreprises.

Enfin, c’est là que nous avons décidé de changer de fournisseur : la Turquie est un gros producteur et exportateur de coton. Ils sont plutôt proches de nous, et nous pensions au départ, dans une volonté de faire plus « local », de passer par un fournisseur qui se fournit, lui, en Turquie. C’était avant de tomber sur des articles indiquants que l’état islamique contrôlaient une partie des récoltes et que le coton bio était « l’or blanc de Daesh ». Nous ne connaissons pas la situation actuelle et les infos sont très filtrées à ce sujet. Cependant, acheter un tissu destiné à nos enfants, qui permet de financer les armes qui viendront ensuite les assassiner en plein Paris, sincèrement, ça nous a pas attiré plus que ça.

A partir de ce constat, il nous a semblé évident de choisir un coton qui soit récolté dans un respect des hommes, et de la terre. Le label que je souhaitais au départ prenait maintenant tout son sens.

Pourquoi ne pas choisir une autre fibre ?

Parce que nous n’avons pas encore trouvé d’autres fibres qui nous convienne. Nous avons creusé du côté du chanvre, parce que la Vendée, c’est un peu le berceau du chanvre en France. Les applications ici sont plutôt orientées construction et bâtiment. Isolants, panneaux épais, … Nous avons reçu plusieurs échantillons d’un fournisseur textile mais le tissage n’était pas satisfaisant pour une impression de motifs par la suite. Le lin, nous avons cherché, aussi. Les matières comme la fibre de bambou. Nous avons à la fois des contraintes techniques (pour l’impression) et budgétaires. Mais nous gardons en tête qu’il est toujours possible de produire différemment, et nous restons en veille sur les nouveautés et innovations liées au textile.

Peut-être aussi, parce que nous tenions quand même à trouver l’introuvable.

Et après plusieurs mois de recherche, nous l’avons trouvé : un coton bio récolté en Inde, et surtout certifié GOTS, ce qui signifie qu’il répond à des critères précis à la fois éthiques et écologiques. Cela veut dire qu’il a réclamé moins d’eau, de pesticides, d’insecticides et qu’aucun produit chimique nocif n’a été utilisé lors de son traitement (Il faut qu’on vous parle des labels !). Ce coton est tissé non pas en Inde mais en FRANCE, dans une filature près de Lyon. (Il faut aussi qu’on vous parle de l’histoire de la filature française, et de comment on souhaite pérenniser le savoir-faire Français !).

***

C’est un long article qui s’arrête un peu en queue de poisson, mais l’histoire ne s’arrête pas là, on a encore beaucoup de choses à vous raconter 😉 La suite au prochain épisode,  je voudrais quand même finir sur une touche plus joyeuse, porteuse d’espoir. Car des gens comme nous, un peu trop curieux ou un peu trop fous, il y en a tout autour de nous. Je pense notamment à JEAN FIL qui ont réussi là où nous n’avons pas osé aller : planter leur propre coton en France, et créer des polos issus de leur récolte. Pour nous, c’est « un truc de fou ». Je pense au cotonnier que j’ai offert à Sophie cette année. L’idée nous avait effleuré l’esprit mais nous avait fait rire tellement elle était irréalisable. Eux, ils l’ont fait.

Enfin, et après c’est la fin promis, je vous partage une vidéo de Cyril Dion, parce qu’elle me parle, parce qu’il faut agir [même si Nicolas Hulot est parti.]

 

Qu’est ce que je veux vraiment faire dans ma vie et comment ça pourrait se traduire dans mon métier ? Si on se contente de faire des petits gestes, et que toute la journée on fait un métier qui continue à entretenir le système, c’est un peu comme dire « je travaille chez Monsanto, mais j’y vais à vélo »

A propos de l'auteur

Lucie

Graphiste depuis 11 ans, maman ourse de bon poils et entrepreneuse jusqu'au bout des griffes.

Suivez-nous

“Nous sommes un mélange de nature et d'aventure”